Le 24 mai 1954 à 7 heures et 10 minutes, j'eut la surprise de m'entendre dire : " Avec celle la, vous n'avez pas fini d'en voir..."
Ces paroles ne m'étaient pas directement destinées, le gynécologue qui venait de les prononcer parlait de moi à ma mère en ces termes parce que je criais, non, je hurlais mon angoisse en découvrant le monde. Cela peut vous paraître bizarre car je pense, pour avoir eu moi-même quatre enfants par la suite que lors de l'accouchement, le plus beau moment pour une mère est celui de ce premier cri qui efface d'un seul coup neuf mois d'attente et quelques heures de souffrance.
Quoi qu'il en soit, il y a 44 ans, on m'interdisait déjà le droit d'exprimer librement mon chagrin... Et cela ne faisait que commencer...
Ma mère, femme de devoir par excellence, décida de me nourrir. Non pas en me laissant téter le doux sein qu'elle aurait pu m'offrir en même temps que sa tendresse, mais en tirant son lait avec une tire lait et en transvasant le contenu dans un biberon. Le contact était déjà difficile. Bien sur, elle eut quelques problèmes avec le bébé vomisseur et bruyant qu'elle tenait dans les bras et il faut dire que je ne l'attirais guère puisque je pleurais encore et toujours. Enfin, elle se décida à appeler le médecin. Cet homme de science décréta que j'avais faim. Eh oui, tout simplement il me fallait une autre alimentation, plus solide, des biscottes écrasées dans du lait, de la soupe de légumes, enfin, le prétexte était bon pour arrêter de me nourrir et le lait que je ne voulais plus allait au lactarium, n'étant donc pas perdu pour tout le monde, j'ai certainement quelques petits frères ou surs de lait qui auront eu autant d'amour que moi en buvant ce nectar...
C'est drôle, c'est aujourd'hui que je t'écris ces mots et j'espère que tu ne liras jamais ces lignes. Il fallait que je commence un jour, que je t'explique toute l'incompréhension dont a été faite notre relation ; tu as eu la délicatesse de me dresser ( excuse-moi, ce sont tes mots que j'emploie et si je suis sûre qu'ils ne te choquent pas, moi je ne me suis jamais habituée à les employer sans frémir), de me dire souvent que je ne serais pas venue au monde si mon père n'avait eu la sotte idée de désirer une fille et grâce à ces paroles et aux gestes qu'elles ont entraînés, je te dois tous les cauchemars de mon enfance et quoique les blessures se cicatrisent au fil du temps, j'ai encore parfois mal, comme aujourd'hui, lorsque ces souvenirs me reviennent en mémoire parce que tu m'as parlé de Jimmy. Mon petit dernier, mon petit quatrième, mon petit trisomique, ce bébé que tu souhaiterais voir mort et que tu haïssais déjà avant sa naissance parce qu'il ne serait pas comme les autres, parce qu'après avoir été la honte de ta vie, je me permettais de m'opposer ouvertement à ton désir à peine voilé d'avorter et de jeter dans une poubelle cet être sans défense, parce que pour la première fois, peut être, je t'ai montré que tu n'avais pas de cur et que cette image de toi même ne t'était pas supportable...
Ces paroles que tu m'as jetées au visage comme une fiole de fiel, ces quelques mots qui détruisent tout, tu les as déjà oubliés, mais ils brûlent encore dans ma tête ": Maintenant il évolue sans doute pas trop mal, mais on verra plus tard, ce sera toujours difficile et tu verras, ses frères et sur l'abandonneront. Ils rencontreront quelqu'un, feront leur vie et rien de ce que tu rêves pour cet enfant ne sera possible. Tu ne te rendais pas compte que se serait aussi difficile, et maintenant,..."
Et tu avais tout à fait raison, tu feras certes tout ce qu'il faut pour nous détruire, je puis compter sur toi.
.../...
Je me réveille et il faut que je continue ce que j'ai commencé hier. J'ai été brusque, dure et j'en ai déjà des remords. Je n'y puis rien, c'est d'ailleurs à cause de cela que je reviens toujours vers toi. Tu m'as tellement inculqué ce respect de la mère, de ce qu'elle représente, tu as si souvent versé des larmes de crocodiles en prétextant que je te faisais mal, et si j'avais le malheur de t'approcher pour me faire pardonner, pour t'embrasser, tu me repoussais de ces quelque parole : Il ne suffit pas de demander pardon, il faut monter que tu regrettes par tes actes. Alors, je ne veux pas de tes baisers, garde les, et agit autrement. Encore une fois, nul ne peut dire que tu avais tort sur le fond mais la forme... un enfant sensible repoussé de la sorte retourne dans un coin, pleure et se sent si coupable que pour ces peccadilles qui déclenchaient entre nous ces joutes sans pitié, je me maudissais d'être née et de t'infliger la douleur de vivre avec un enfant aussi difficile et mauvais que moi. Il me venait alors des idées bizarres, je n'étais sans doute pas ta fille, tu m'avais adoptée et c'est ce qui expliquait cette différence que je sentais, mon frère et oie, vous étiez si dur, si froids, j'étais sure de ce que je pensais et la seule chose qui me faisait changer d'avis est que lorsque papa rentrait, je me sentais au moins sa fille.
Papa. Tu ne disais rien, tu n'osais pas, je crois, parce que tu lui devais tant de choses, à cette mégère, et elle te culpabilisait tellement, que tu me couvais des yeux, que tu faisais semblant de rien , mais à ses doléances sur ma déplorable conduite, tu n'ajoutais que quelques bribes de phrase, tu prenais ton journal et voyant que cela ne t'émouvait guère, elle se détournait en maugréant qu'il était évident que l'on ne pouvait jamais rien dire sur ta fille...
A toi aussi, papa, je vais écrire une lettre, de l'éternité ou tu te trouves, tu ne la liras jamais avec tes yeux mais tu sais depuis plus de douze ans, depuis que tu es parti que j'ai tout perdu en te perdant, que si je vis encore aujourd'hui c'est parce que j'ai pu penser à toi et que dans la magnifique relation qui nous unissait, elle n'a jamais su pénétrer. C'est ce qui l'a rendue folle de rage, c'est ce qu'elle n'accepte toujours pas, cette dévotion que j'ai toujours eue pour toi et qu'elle n'a pas su détruire avec ses méchancetés, avec ses critiques, avec son air de rien quand elle me disait : Si ton père te voyait, qu'est ce qu'il dirait : il n'aimait pas André, il n'aurait certainement jamais pensé que tu aurais des enfants et...
Eh oui, selon toi, il ne serrait pas content de mon mariage, de mes enfants, de ma façon de vivre, mais c'est ce que toi tu pense, je ne serai jamais persuadée du fait que tu connaissais si bien ton mari que tu pouvais savoir ce qu'il penserait de ma vie actuelle. Je n'oublie pas ses paroles, lorsqu'il était déjà bien malade et qu'il n'osait se laver les cheveux, qu'il attendait d'être seul avec moi, pour se précipiter, chancelant dans la salle de bain afin de pouvoir faire en vitesse ce que tu ne jugeais pas nécessaire : se rafraîchir la petite brosse qui repoussait après la chimiothérapie et dont tu estimais inutile le shampooing.
Et cette autre fois, ou ne sachant encore ce qu'il avait, il se promenait en me demandant de ne pas le laisser rentrer à l'hôpital car il savait que ce serait grave, qu'il n'en sortirait pas vivant et il ne voulait donc pas se soigner, mais tu le forçais et comme d'habitude, tu avais raison. Raison mais est ce raison que de pousser quelqu'un qui sait à s'entendre dire la vérité par des médecins ? Dans sa quête de ne pas savoir, il me posait toutes ces questions pièges car il savait que je ne lui ferais pas de mal, il savait que je lui mentirais parce ce qu'il voulait entendre de ces mots horribles, chimiothérapie, tumeur,... etc. ; ..n'était pas la vérité mais des pieux mensonges rendant ces mots plus beaux que leurs définitions
Il s'en est passé des choses depuis la dernière fois que je t'ai écrit ;
Pourquoi tant de haine, pourquoi tant de mépris envers ta propre fille ? Ce n'est pas la première fois que tu essaies de me faire du mal et pourtant, je suis quand même étonnée. C'est bizarre d'ailleurs car je devrais avoir compris depuis si longtemps. Mais peut -on jamais comprendre l'incompréhensible, peut -on jamais comprendre ce qui nous motive à toujours croire ou espérer que les méchants deviennent meilleurs et que la réalité ne correspond pas au rêve que l'on s'en est fait.pourtant, je t'en conjure, arrête, arrête tant qu'il en est encore temps, je risque de ne plus savoir me taire, je risque de tout te dire, de commettre l'irréparable et ce serait à tout le moins une rupture définitive et sans appel car ce qui nous permet de tenir une petite relation est ce silence que nous avons installé entre nous.
André a arrêté de boire 15 jours après la naissance de Jimmy et je l'en remercie parce que je sais que l'on s'est toujours aimé, et même si l'on ne s'est pas toujours compris ou rejoint, on a toujours éprouvé du respect l'un pour l'autre. Un respect dont on ne parle pas mais qui s'est manifesté lors de la naissance de Jimmy alors que sans se le dire, on a compris que l'on devait faire front pour protéger ce petit qui nous arrivait comme un don du ciel. Nous sommes , et c'est ce qui nous a unis , marginaux aux yeux du reste du monde mais cette marginalité est notre différence , notre terrain d'entente , notre cocon d'absolu ,notre mai 68 et c'est à elle que nous devons à l'amour d'avoir survécu aux coups de folie et aux coups de gueules que nous lui avons imposé .
Ta dernière trouvaille est donc vieille de quelques jours .Tu me demandes de garder Jennifer deux ou trois jours pendant les vacances de Toussaint car j'ai du travail à préparer mon mariage avec l'homme que tu détestes mais avec qui tu essaies de pactiser pour mieux m'atteindre .Et elle me revient avec des paroles de haine , avec des propos que je ne peut pas croire et pourtant , je sais qu'elle n'a rien inventé . Ma chère et tendre mère mène sa guerre avec les moyens des lâches ...
"Mamy m'a dit que lorsque je serais grande (???),elle me montrerait toutes les preuves de ta méchanceté , du mal que tu lui as fait , elle m'a dit en pleurant qu'elle t'aimait tant , que ce qu'elle a fait pour toi , elle ne l'aurait jamais fait pour ton frère , que tout le monde a profité de toi , tes amis surtout , que tu as des préférences , que tu as ouvert un compte épargne pour tes trois fils , pas pour moi , alors , pour réparer cette injustice , elle m'a ouvert un compte et j'en aurai l'argent à 23 ans mais je ne peut pas t'en parler parce que si je te raconte tout ce qu'elle me dit , elle supprime l'argent qu'elle met de côté pour moi , et puis comme nous allons partir en vacances , on verra bien avec qui je préfère partir ..."
Je reste sans voix , j'ai envie de pleurer . c'est trop pour aujourd'hui, attends demain , maman , je continuerai ma lettre . Pour l'heure, je suis trop écurée. J'arrête.
.../...
J'ai laissé passer quelques jours car il n'est pas évident d'avaler un tel coup et de le digérer en vingt quatre heures .
Il est vrai que depuis lors tu as eu la gentillesse de m'appeler . Serait ce pour dire bonjour? eh non, ce n'était que pour me réclamer de l'argent . Que je te dois , bien sur . Tu as eu l'amabilité de demander un prêt de cent mille francs a la banque pour me dépanner car depuis la naissance de Jimmy , je reste à la maison et mon compte en banque est a sec . Donc , t'ayant parlé de mes ennuis financiers , tu as résolu le problème . Tu m'as fait signer un papier comme quoi je te devais cet argent (eh oui,une reconnaissance de dette en bonne et due forme ...)et je dois te rembourser tous les mois une partie de cet argent . Ce mois ci étant encore plus difficile que les autres , je n'ai pas su te payer le vingt , comme prévu et le vingt deux , tu me sonnais très gentiment :
"et alors , mon argent , ou est il , j'ai d'énormes difficultés et tu n'est pas venue m'apporter mes sous .Quelle nouvelle ."
Au son de ta voix , j'ai tout de suite compris qu'il n'était pas de bon ton de te répondre mais pourtant , et c'est la que je vois que tu as perdu un peu de ton emprise , je t'ai répondu sur le même ton:
"Tu sais que l'on a coupé mon téléphone , que je ne sais plus appeler , que j'ai d'énormes problèmes , alors , attends , nous sommes mercredi , vendredi je t'apporterai l'argent ."
Comme ma voix était sans doute aussi dure que la tienne , tu es vite revenue en arrière et m'as quand même demandé des nouvelles de tes petits enfants .Il était temps !!!
la conversation a donc continué sur le ton des banalités et tu as raccroché une dizaine de minutes plus tard .
le vendredi , je suis allée t'apporter tes sous , comme ca tout était en ordre . Je n'ai pas osé te dire que je ne savais pas payer ma maison ce mois ci , que je devais expliquer à mes enfants que saint Nicolas passe chez les enfants dont les parents ont de l'argent , que maintenant qu'André va mieux je suis en train de crouler sous les problèmes financiers ...que lorsque j'aurai payé mes taxes et notes en retard , la maison ne se paiera pas toute seule , que si je n'ai pas de travail , à partir du 10 décembre , mon portefeuille sera vide et que la Noël sera triste , que je me priverai sans doute de manger pour que je puisse au moins donner une illusion de fête en achetant un sapin avec ses racines que l'on pourra récupérer pour le jardin ,que si je trouve du travail , il faut à tout prix que ce soit la nuit car je dois continuer à élever mes enfants et que je ne peut pas lâcher André qui est encore trop fragile ...
Enfin , bref , je ne te parle de rien d'important parce que tu me répondrais sans doute que je gère mal mon budget , qu'il faut beaucoup calculer , que je n'avais qu'a pas partir en vacances ...
Evidemment , il est si simple de vivre avec les rentrées d'un invalide( la moitié d'un salaire normal ),et je ne veut pas rentrer dans les chiffres mais je te montrerai la lettre que j'ai écrit à marraine qui m'avait légèrement accusé de la même chose . Il est d'ailleurs étonnant de voir que ce sont toujours ceux qui partent en vacances tous les ans , voire plusieurs fois par an et qui avouent dépenser des fortunes en voyage qui osent me critiquer parce que je suis partie en voyage de noces , avec mes quatre enfants , pour trois jours, et ce , pour la première fois depuis vingt ans !!!
Bon , revenons à nos moutons .
La dernière fois , j'étais restée sans plume devant ta vilenie .
J'ai du partager ce secret avec quelques personnes qui m'entourent pour me remettre et pour en conclure que c'était ton attitude qui était insensée .
la première personne a été Marie -Jo , que tu détestes parce qu'elle est la marraine de Jimmy et que c'est à cause d'elle que Jimmy est la...enfin , c'est ce que tu m'as dit un des jours ou tu as osé exprimer ton refus de cette naissance dérangeante .
Celle la , a eu une mère aussi , bizarrement , une de ces mères formidables qui a toujours aidé sa fille en cas de besoin , une mère d'amour . Elle m'a immédiatement fait part de sa réprobation quand a ton attitude . Son fils , a qui elle avait lu la lettre , a simplement dit que jamais sa grand mère n'aurait fait une chose pareille et pourtant , marie jo a trois enfants , différents , avec des problèmes , comme tout le monde , et surtout , n'a pas toujours su faire la même chose pour tous . Et sa mère qui adorait ses petits enfants n'a jamais eu la même attitude que toi . Ouf , une preuve.
Bon , admettons que j'ai justement choisi une personne qui n'entre pas dans tes façons de voir . j'ai donc aussi été chez le psy qui me suit . il y a des années , une autre psy , une femme avait osé dire devant toi que tu avais tort , que tu étais une femme de devoir et non une femme d'amour C'est a cette époque que tu as bizarrement cessé de croire à la médecine des psy .
Et pourtant celui ci n'a pas été plus d'accord avec ta manière de voir les choses . Il a conclus au récit des événements que tu aurais pu , pour une fois , montrer un peu d'assentiment à mes décisions et aussi , chose étrange , tu ne vas pas me croire , il m'a dit que tu faisait des préférences , que c'était chose courante de la part d'une grand mère par rapport a un de ces petits enfants . Il n'a pas été jusqu'à me dire que c'était donc pour cacher cet état de fait que tu m'en avais accusé mais lorsque je lui ai dit , il n'a pas dénié . Il m'a de plus complètement rassuré car il a estimé que si Jennifer m'en parlait , Il n'y avait pas péril en la demeure .En outre , il m'a conseillé d'espacer les visites car il est clair que tu ne fais rien pour m'aider en ce moment et que si je veut un jour arrêter de prendre du prozac , il faudra que je reprennes des forces plutôt que d'en perdre avec des mauvais coups de ce genre .
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Voila , ca y st , je suis mariée avec l'homme que tu détestes le plus au monde . Celui qui m'a fait quatre enfants , celui dont tu as eu la délicatesse de dire qu'avec moi , il avait facile , car quand je l'avais quitté , lorsqu'il venait me voir , il ne devait pas payer comme il aurait du le faire chez d'autres femmes . Quel mépris .
ne t'es tu jamais vraiment demandée pourquoi l'on s'était séparés , pourquoi notre parcours a t'il été si difficile , J'en ai pour longtemps mais je vais tenter de t'emmener dans les méandres de ma vie dont tu ne connais rien pour que tu puisses enfin concevoir qu'il y a autre chose , peut être simplement voudrais je croire à l'amour , ou tout au moins a quelque chose qui y ressemble dans la relation que toi tu prend pour une vulgaire histoire de cul dont je serais la dupe .
J'ai rencontré André lorsque j'avais 18 ans .
Apres les cours , à quatre heures , je ne pouvais pas sortir donc , je t'ai quelquefois un peu menti . Je te disais que j'avais cours plus tard et j'allais dans un de ces lieux mal famés ou sortent les jeunes de tout milieu qui boivent un verre en écoutant la musique . Nous sommes en 1973 et j'ai un peu moins de 18 ans . Bien sur , tu as des soupçons mais cela ne m'arrive que de temps en temps , alors , entre deux escapades , je parvient à calmer tes doutes .
Tu n'aimes pas mes copines , mes fréquentations qui ne sont pas des filles bien , mais lorsque je suis à l'école , tu n'es pas à coté de moi pour voir ce que j'y fait .de mon côté , j'essaie de te parler quelquefois des mystères de la vie qui me préoccupent mais depuis le jour de mes premières règles ou tu as salué l'événement d'un :"cette fois , ma fille , tu devras faire attention aux hommes . Ils te courront après pour avoir du plaisir , puis te laisseront tomber et tu pourrais être enceinte, alors , fais attention " j'ai depuis lors essayé d'en savoir plus long car j'ai lu des contes de fées , comme tout enfant et l'on n'y parle pas de satyre mais d'amour . Donc , il n'est quand même pas possible qu'il n'y ai autre chose sur terre que des dégoûtants , mais il faut dire que les vagues mots que tu m'as lâchés du bout des lèvres ont toujours été assez suspect : cela se résumait a un acte qu'il fallait subir , parce qu'on se mariait , qui était sale , que d'ailleurs tous les hommes sont dangereux car ils ne pensent qu'aux saletés .
Donc , autant dire que je suis ce qu'on appelle une oie blanche .
par un de ces après midi ou ma copine Nadine a rendez vous avec un petit ami dans un de ces cafés nommés le Buut ,j'attends gentiment en sirotant un coca qu'elle ait fini de s'occuper de son copain du moment , Jean Marie , je vois sur la banquette derrière mois un homme jeune (il a 30 ans , mais cela je ne l'ai pas deviné , il a du me le dire )qui a l'air triste , déprimé , qui raconte au patron que la vie est une catastrophe , que rien ne va , enfin bref , un joyeux luron .
il me regarde de temps en temps mais ne s'adresse pas a moi directement et je ne fais donc que l'écouter .
Lorsque Nadine revient , elle me présente enfin à ce triste inconnu et l'appelle André , dit Dede le marin . Il me dit à peine bonjour , rien ne l'intéresse et certainement pas moi .
Quelque jours plus tard , je reviens au même endroit et Dede le marin est cette fois au comptoir , un peu plus bavard , mais toujours avec cet air un peu dégouté , et il est en pleine discussion avec le patron . Je m'assied une fois de plus en attendant Nadine et j'écoute . la discussion est assez agitée , porte sur un sujet dont je ne me rappelle plus mais qui a l'air très important si j'en juge par l'emportement et les dénégations des deux partenaires . Tout a coup , le Dede se calme , se tourne vers moi et demande à Marcel , le patron de m'offrir un verre . J'accepte le coca et il commence à me parler de cette vie qui ne vaut pas grand chose , des problèmes , lesquels , il reste assez vague et je conclus qu'il a une peine de coeur , que la dénommée Jenny l'a quitté , qu'il a rencontré une autre X , (Isabelle , je crois , )mais qu'elle est trop jeune , que ca ne peut pas marcher , qu'il va mettre fin a cette histoire , qu'elle lui écrit etc....
devant tant de peines , j'essaie de lui dire que la vie n'est pas si moche que ca , que il y a quand même des bons moments , qu'il faut rester positif . il me regarde comme si j'etais une martienne , demande mon âge , sourit et dit que je suis jeune , que je n'y comprend rien . Eh voila , je me prenais pour une grande , je suis vite redevenue toute petite .
Il est tout de même clair qu'il m'attire , avec ses airs de révolte , probablement parce que mes révoltes à moi doivent être secrètes , que jamais je n'oserais élever la voix devant toi , maman , car tu m'as bien élevée et ce type a un je ne sais quoi de terrain inconnu .
Toujours est il que de fil en aiguille , je parvient a repérer quand il vient et j'essaie d'être la le plus souvent possible .Quelle entreprise , je dois endormir ta méfiance et quand il est en retard , pour le voir ne fut ce que 5 minutes il faut que j'invente des mensonges grands comme le monde pour expliquer mes retards . Il est vrai qu'il commence tout doucement à s'intéresser à moi et au bout de quelques rencontres , nous voila entrain de flirter . c'est tout ce que je connais de l'amour , j'ai eu dans le temps une petite amourette avec un français , en vacances , qui m'a appris en tous cas comment embrasser mais pour le reste , a part une main dans la petite culotte , je ne sais pas grand chose .
A l'école , toute excitée par mon grand amour avec cet homme qui sait tout , qui a été marin , qui me raconte ses voyages , son histoire , la vie , me fait rêver et partir avec lui ;je raconte à ma meilleure copine que cette histoire est magnifique et prétextant n'importe quoi , j'essaie toujours de grappiller quelques minutes de temps à lui consacrer en inventant auprès de toi , maman des excuses on ne peut plus étranges . Tu as raison d'avoir des soupçons car cet homme dangereux me fait une cour bizarre , clamant qu'il ne veut pas d'une fille aussi jeune , que je ne prend pas la pilule , que je suis donc dangereuse , que de toute manière , il ne sait pas choisir entre jenny et moi . parce qu'entre temps , il est retourné vivre avec Jenny . Mais je l'aime . et mon amour de 18ans est beau , pur , je sais que cet homme la est fait pour moi , que cette Jenny est une conne de ne pas comprendre qu'il est exceptionnel . En plus , il ne me saute pas dessus , il me respecte , c'est moi qui lui propose de faire tous les sacrifices , de prendre la pilule s'il le veut . Mais il dit vouloir attendre . que l'on ne va pas rester ensemble mais je ne veut pas le croire .
De toutes manières tu as senti que j'étais en train de changer et tu te doutes que je suis amoureuse , tu as peur et ca , je l'ai compris. alors , j'essaie de te parler d'André , mais évidemment je sais que cela ne peut pas coller entre toi et lui . c'est l'ogre qui va dévorer ta fille , il n'a donc déjà que des défauts . En plus , il est ouvrier , plus âgé , a divorcé , boit un peu de trop ...
tu essaies de me mettre en garde , maladroitement , essaies de savoir s'il ne m'a pas touchée , bref , j'ai beau te rassurer , tu ne me crois pas et en plus , tu es persuadée que cette histoire est a sens unique .
Avec le recul ,je ne sais si tu avais raison , je ne sais s'il était vraiment amoureux à cette époque , je crois en effet que ce qui le séduisait était mon innocence et ma gentillesse mais il est sur qu'il ne voulait pas me rouler , qu'il était sincère quand il me disait hésiter , et qu'il n'a pas profité de cette innocence pour me détruire . Au contraire , il parlait de me protéger , jaloux et possessif , au fond , il m'apprenait la vie qu'il estimait dégueulasse en me protégeant de ses mauvais côtés par sa présence et ses mises en garde .
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Voila , excuses moi de ne pas avoir continué hier mais ma petite famille me réclamait .J'ai continué cependant à te parler dans ma tête et j'ai très mal dormi . C'est drôle comme le fait d'évoquer tout cela me met dans un état second , cette mise au point de ma vie est tellement importante que je sais que si tu ne la lis pas , elle aura eu le mérite de m'avoir fait écrire tout ce que je pensais et qu'elle est ma thérapie , que c'est enfin le moment de me libérer et qu'ainsi je pourrai être pleinement a mes enfants et surtout construire l'avenir de Jimmy ;Tu sais , un enfant qui a souffert ne s'en remet jamais , et malheureusement , beaucoup d'enfants souffrent , il y avait justement un débat consacré a ce sujet hier soir a la télévision . Le film qui précédait parlait du recrutement des enfants qui allaient devenir les nazis ,cette pure race que Hitler recherchait .A un moment , c'était frappant , les paroles du recruteur étaient les mêmes que les tiennes :"les petits qui ne sont pas de pure race ont la trahison dans le sang , dans les gênes . Ils se retourneront un jour ou l'autre et vous cracheront à la figure , le jour ou ils n'auront plus besoin de vous..."
J'ai cru t'entendre lorsque tu me parles des étrangers qui habitent chez nous . et lorsque tu m'en parles aussi durement , c'est parce que j'ai le malheur d'en connaître un depuis 12 ans , une crème , un frère , un chevalier au grand coeur qui m'a toujours considérée comme sa petite soeur(il a 12 ans de moins que moi !)et qui a été à mes côtés dans toutes mes galères .La dernière , la pire , il a accepté , cet horrible pas belge d'être le parrain de Jimmy .Inpardonnable , qu'il retourne dans son pays , qu'il m'oublies , que je ne puisse plus l'appeler au secours , quel songe merveilleux est tu donc en train de faire ? Il est ici , il a acheté une maison avec sa fiancée , une belge (pouah , la traîtresse) et il est venu a mon mariage le jour même , alors que toi tu n'as été invitée que le dimanche avec la famille . Pourquoi cet affront ? Je suis sure que tu n'as rien compris a mon attitude , je suis certes devenue folle depuis que j'ai été enceinte de Jimmy , continues à lire mes lettres , tu vas enfin comprendre (peut être ) comment j'en suis arrivée la .
Hier je t'avais laissée aux prémices de l'amour physique . Quoique tu en penses , il a mis 6 mois a me faire l'amour , cet homme qui allait profiter de la situation . Mais c'est arrivé . J'ai tout fait pour ca , ne lui en veut pas , je l'ai cherché .
Je n'oublierai jamais la date d'ailleurs . Le 29 octobre 1973 ...
c'était le week end et il faisait doux , il y avait un peu de soleil l'après midi et je l'ai rejoint au Buut . Il m'a proposé un petit tour , et puis on s'est retrouvé chez lui .Il m'a emmené dans sa chambre et a été très doux . J'avais peur , je tremblais mais je crois qu'il n'en a rien vu , il a juste vu que j'avais des taches rouges dans le cou .Il s'est retiré juste à temps , m'a assuré que je ne serais pas enceinte , qu'il avait fait le nécessaire . Je l'ai cru parce qu'au fond , je n'avais rien compris a son geste ;mais je lui faisais confiance .
Je me rappelle mon retour à la maison , je croyais que tu allais voir que j'avais changé , j'avais la trouille . J'ai fait semblant de rien mais je crois que tu as quand même deviné , je ne le saurai jamais . Après , je sais que tu l'as su parce que tu as été fouiller dans mon journal , mais ca , j'aurais du le savoir , si je ne voulais pas que tu saches quoi que ce soit , il fallait ne rien écrire .
Je vais chercher les enfants a l'école , a demain maman.
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Alors la , tu as pris peur pour de bon , tu es intervenue et tu m'as dit être allée voir sa mère qui t'a dit qu'il n'était pas sérieux , qu'il valait mieux ne plus le voir et tu m'as interdit de le rencontrer encore .
Plusieurs fois je me suis rendue compte que tu avais eu tort . A vouloir a tout prix me séparer de lui , tu en as fait un Dieu à mes yeux . tu aurais du laisser aller cette histoire . A l'époque , avec mes 18ans , je n'aurais peut-être pas tenu la distance et l'amour , non l'idolâtrie que j'éprouvais se serait sans doute d'elle même éteinte parce qu'il était difficile à vivre . sa jalousie , sa possessivité me faisaient trembler mais je ne pouvais plus le voir , alors , tu as décuplé mes forces pour tout tenter .
de son côté , il était parti . Je ne savais pas ou , je savais juste que j'avais beau demander , personne ne savait plus rien . Je ne voyais plus sa voiture et j'étais morte d'angoisse . Il était clair que tu avais fait le nécessaire et mis des menaces a exécution .J'étais mineure et tu m'avais menacée de le dénoncer . qu'allait il devenir , il allait aller en prison pour avoir voulu m'aimer ?
de guerre lasse , le sixième soir que j'allais dans notre bistrot sans le voir , je me suis dit que j'allais m'amuser . J'acceptais donc son invitation à danser de l'un de ses copains .Je me laissais emporter par le slow et mon chagrin , je ne voulais plus penser à rien .Et il est rentré . M'a vu dans les bras de Manu , m'a regardé froidement et m'a conseillé de continuer à m'amuser .Il est sorti en claquant la porte et n'a rien voulu entendre . Le lendemain , il m'annonçait qu'il ne voulait plus me voir , qu'il avait dit à Jean de la Couronne(autre café ou nous allions quelquefois) ou il se trouvait , en l'occurrence au Luxembourg pour son travail .Mais Jean ne m'avait rien dit , et il ne voulait pas me croire . J'eus beau le supplier , tu avais gagné , il me quittait .Et tout cela me semblait tellement injuste , je n'avais rien fait de mal , mais il était submergé par les doutes , avait des problèmes car la B.S.R; l'avait arrêté pour le confronter avec des bijoutiers qui avaient été volés . ce n'était pas lui , mais tout cela alourdissait son énervement et je l'ennuyais puisque il doutait de moi .
J'ai pris un de ces jours la première cuite de ma vie , j'ai voulu noyer mon chagrin et bu quelques bières de trop . Je ne savais plus bien ce que je faisais , je me souvient que les autres riaient de moi parce que je m'adressais à sa voiture pour lui demander de ne pas me quitter . Pitoyable , je devais l'être , car un de ses copains m'a ramené à la maison .
Et la , c'est toi que je devais affronter , faire semblant de rien , surtout me tenir bien , et malade , dans les toilettes , aller dégager ce flot de bière en faisant en sorte que tu ne voies pas que j'étais malade . Tu avais gagné et je t'en voulais , j'étais sure , comme je n'avais pas fait de faux pas que la vraie raison de son départ était tes menaces de plainte ...
A suivi alors une période de vide ou je ne vivais plus que pour apercevoir sa voiture , garée devant chez Jenny , ou nous passions tous les matins quand mon père me conduisait à l'école . Je l'aperçut encore de loin , mais n'eut pas le cran d'aller encore le retrouver , persuadée de toute manière qu'il était heureux et m'avait oubliée dans les bras de sa fidèle amie . J'ai connu deux ou trois garçons , mais c'était lui que je cherchais à travers eux , je ne pouvais pas concevoir la vie sans sa brusquerie , sans ses airs de macho protecteur , et le pire de tout est que surtout , tout me semblait injustement être parti de ce malentendu que je ne saurais jamais lui expliquer .
J'ai alors rencontré un pauvre diable , sans volonté aucune , malheureux assez pour m'intéresser . C'était le fils d'une accoucheuse qui travaillait avec moi , j'avais terminé mes études et était partie de ta maison , me déclarant d'abord interne à la clinique ou je travaillais , et déménageant ensuite dans une misérable chambre meublée au loyer exorbitant mais qui avait l'avantage de représenter un chez moi , une liberté , Je gagnais ma vie et volait de mes propres ailes . je n'avait toujours pas oublié André mais j'habitais de l'autre côté de Bruxelles , je ne voyait plus sa voiture tous les jours et quand je venais te voir , le pincement au coeur que j'éprouvais en passant devant chez lui me prouvait que je n'avais pas réussi à l'oublier .
Je me suis mariée , j'avais 20 ans ,Je ne sais pas encore aujourd'hui si c'était par amour ou par pitié . Ou pour croire que j'allais vivre comme tout le monde . J'ai choisi la date de ton anniversaire le 14 décembre et mon père m'a conduit à l'autel . Il parait que j'étais jolie , en tout cas , je donnais l'impression d'être heureuse parce que personne n'a jamais su percer le fond de mes pensées et de mon coeur et après tout , cela arrangeait la famille de croire que j'avais enfin oublié Dede le marin.
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Mon mariage fut le plus bel échec que ne fut jamais un mariage . Ce n'était pas difficile , j'avais épousé un faible , garçon de courses dans une entreprise , vivant de rapines et signant des bons de commande à tout vent , ne sachant jamais si on avait l'argent pour payer les traites qui allaient inéluctablement suivre les achats . Deux mois après le mariage , il rentrait un soir à minuit , passablement éméché en me disant avoir perdu son salaire dans le tram . J'étais en larmes , je ne savais plus quoi faire , je me suis précipitée chez toi et papa pour rechercher une protection . Tu m'as aidée , voyant bien que ce n'était pas la gloire mais ne sachant encore que la partie visible de l'iceberg . En effet , mon mari , fourbe , menteur , hypocrite , mauvais amant me dégoutait et cela ne faisait rien pour me rendre heureuse . J'allais travailler ,rentrait , trouvait des bons de commande pour des objets divers dans la boite aux lettres et annulait autant que possible en téléphonant et expliquant que ledit mari était insolvable , qu'il valait mieux ne pas livrer , que cela ne serait pas payé . Cela marchait quelquefois , parfois pas . Je travaillais donc pour payer des babioles , et je ne voyais pas la vie en rose .
Un soir de juin , un copain d'enfance , Christian , vint à la maison et nous avons décidé d'aller boire un verre . pourquoi pas au Buut , c'était tout près . Nous partons à trois dans la R4 et je bois quelques bières . ce n'était pas dans mes habitudes , j'étais donc bien guillerette lorsque nous sommes sortis , vers minuit pour rentrer . Et Il a traversé la rue . Devant moi , se dirigeant vers le bistrot d'ou l'on sortait , André , saoul , mais devant moi . Si je n'avais pas été aussi gaie , j'aurais passé mon chemin car ma réserve naturelle aurait empêché que je fasse un pas dans sa direction . Mais je l'ai fait , en riant ,je l'ai interpellé , Eh , André , tu ne me reconnais pas ?
Mon mari à qui j'avais parlé de lui me regardait , le regardait , ne comprenait pas ce qui se passait ? André , s'est retourné , m'a prise dans ses bras et je riais . Qu'est ce que tu fait ici , il ne m'avait pas oubliée , il se rappelait de moi ...Mon mari lui tapa sur l'épaule et lui dit que j'étais sa femme . Il eut d'abord un regard assassin et lui répondit simplement que j'étais la sienne . C'était assez comique et le soutenant , nous revoilà tous sur le trottoir . Venez boire un verre , dit André , on va discuter de tout ca . Alors il m'a invité a danser , je lui ai raconté mon mariage , pas mes problèmes pendant que mon mari jouait au billard avec Christian qui se demandait encore ce qu'àil était venu faire dans cette galère .D'autant plus que Dede ne dansait pas , il se collait simplement contre moi et ne semblait pas se soucier le moins du monde de ce mari que je lui avait présenté .
André m'apprit qu'il était à nouveau seul , que c'était fini avec Jenny , qu'il était sorti en ville pour trouver une nouvelle compagne et qu'il s'en revenait , décidant d'aller boire un dernier verre en sortant du dernier tram . Et c'est ainsi que nos chemins se sont croisé à nouveau , pour ton malheur , maman , j'avais retrouvé l'amour de ma vie .
mon mari commençait à en avoir assez et voulait rentrer . Comme André ne voulait pas me lâcher , il l'invita a venir boire un potage aux tomates à la maison .Jamais il n'a imaginé qu'il était tombé sur le diable en personne . A peine rentrés , André me suivait dans la cuisine , cherchait un rendez vous pour le lendemain et après avoir mangé le potage mémorable décréta que je devais le reconduire . Il étai cinq heures du matin , je travaillais a sept . je me dépêchait donc de le ramener chez lui et lui donnais , après une résistance forcenée mon numéro de téléphone . Il me dit qu'il allait m'appeler le lendemain midi , j'avais service coupé et j'etais libre de midi a trois heures .
Je rentrai a la maison , mon mari me regardait étrangement , j'étais heureuse et il devait sentir que c'était dangereux .
Le lendemain , André me téléphona , vint à ma porte , m'emmena faire un tour , voulut aller à l'hôtel .Je refusai , je devais d'abord reprendre mes esprits , j'étais mariée , heureuse de le revoir , pas heureuse avec Alain mais je ne pouvais pas tromper , ce n'était pas une chose qui entrait dans mes moeurs . Si il m'aimait vraiment , il allait attendre et j'allais quitter Alain . C'était le plus simple .
Et le soir même , j'ai annoncé a mon mari que j'arrêtais la comédie , qu'on allait divorcer .Il m'a dit m'aimer , vouloir continuer a vivre avec moi mais le ver était dans le fruit , mon choix était déjà fait , pourtant voulant être honnête jusqu'au bout , on allait partir trois jours au bord de la mer , cela nous donnerait le temps de réfléchir .
Tu sais maman , je n'étais pas fière de moi mais mon bonheur n'était pas avec ce mari de pacotille . j'allais souffrir avec André , je crois déjà que je n'en ignorais rien mais je savais que c'était le seul et unique amour , mon premier amour , celui avec lequel je savais tout supporter , celui sans lequel je ne faisais que faire semblant de vivre .
Tous les jours de nos vacances , je lui téléphonais , demandant à mon mari de venir avec moi dans la cabine parce que je ne voulais rien lui cacher . je savais qu'il aurait peut-être un petit peu mal mais qu'il m'oublierait et pendant ces trois jours , au lieu de réparer quoi que ce soit , je le convainquais qu'il fallait nous séparer parce que c'était mieux ainsi . je lui payerais le rachat des meubles , je savais être en tort , je ne lui demanderais rien et nous allions nous quitter bons amis .C'etai sans compter sans la famile qui nous a mis des batons dans les roues ; C'etait sans compter sans la justice qui n'autorisait le divorce par consentement mutuel qu'a partir de trois ans de mariage ou 2" ans d'age .
Bref , nous avons résolu le problème , j'étais mariée depuis sept mois , mon mari est reparti habiter chez sa mère et André est venu habiter chez moi .
Tu sais maman ,maintenant je trouve tout ca drole mais au moment des faits , j'étais à la fois heureuse et malheureuse , je ne pouvais te parler de rien car tu m'en as voulu de mon choix , tu as trouvé que je me conduisais mal , tu ne voulais plus me voir parce que je voulais divorcer et que cela ne se fait pas dans une famille comme la notre mais je n'etais pas bien dans ma peau , Pour l'amour je balancais tous mes principes au feu , parce que tu peut te dire que je ne me suis pas mariée en pensant divorcer , que j'ai tout de même cru que ce serait pour la vie , que si j'avais été heureuse avec mon mari , André n'aurait pas su revenir dans ma vie , il n'y aurait pas eu de place , et en réfléchissant plus loin j'étais encore une petite fille qui aurait eu besoin de ton appui et je n'ai trouvé qu'une porte close . Alors , choisir de vouloir vivre un bonheur en se voyant rejetée , c'est tres dur . Evidemment , tu ne savait pas ce qu'étais la vie avec mon mari parce que je ne t'avais rien dit a part la fois ou il était rentré sans argent mais tu as cru que je choisissais tout simplement le plaisir avec Andre . Tu m'as dit que j'avais cet homme dans la peau ? je t'ai répondu que c'était pire que ca , il était dans ma tête ;Tu ne savais pas que je pensais encore à lui , tu ne savais pas ce que j'avais ressenti pour lui , mais si tu ne le savais pas , c'etait parce que je n'avais pas pu t'en parler , il n'y avait pas de place dans ta vie pour les entiments et j'aurais du vivre mon mariage comme ce que tu m'en disais lorsque j'étais plus jeune :cette corvée pesante que j'avais osé balancer aux orties en préférant essayer de vivre d'amour , c'était abject , sale et vulgaire . Et j'allais le payer , tot ou tard , tu me l'as assuré .
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